Tendances en matière d’indépendance des médias

Infographie - Tendances en matière d’indépendance des médias

Les tendances en matière d'independance des médias en un mot:

Les contraintes sur les modèles économiques signifient plus de dépendance à l'influence extérieure, bien que les institutions médiatiques - ainsi que les sociétés Internet - accordent plus d’attention aux normes d'autorégulation.

 

La polarisation de la vie publique que l’on observe dans toutes les régions concernées par cette étude fait apparaître le besoin d’un journalisme indépendant et professionnel, capable de fournir des informations vérifiables formant un contenu commun de nature à alimenter un débat public efficace et ouvert. Pourtant, comme le relevait déjà la première édition du rapport publiée en 2014, l’indépendance des médias est soumise à des pressions de plus en plus fortes à cause des relations complexes entre le pouvoir politique et les organismes de régulation, des tentatives de décrédibiliser ou d’influencer les médias et les journalistes, et des budgets en réduction. Ce recul de l’indépendance des médias est mesuré par plusieurs indicateurs.
 
Dans la plupart des régions du monde, on observe une baisse de la confiance du public à l’égard des médias d’information. Les perturbations des modèles économiques sont considérées comme un facteur contribuant à favoriser une plus grande dépendance vis-à-vis des subventions publiques et privées dans certaines situations, ce qui suscite de plus en plus de préoccupations quant aux possibles effets sur l’indépendance éditoriale. Dans certains cas, on relève une augmentation de critiques très antagonistes à l’encontre des médias et des pratiques des journalistes, émanant notamment de dirigeants. Ces critiques pourraient inciter à l’intolérance de l’expression et décrédibiliser tout le journalisme, indépendamment de son authenticité.
 
Dans toutes les régions, l’autonomie des organismes de régulation indépendants est menacée. Dans de grandes parties de l’Afrique, de l’Asie-Pacifique, de l’Amérique latine et des Caraïbes, l’octroi des licences d’exploitation aux opérateurs de radiodiffusion est opaque et continue d’obéir à des intérêts politiques et commerciaux. Les organismes d’autorégulation, qui peuvent contribuer à faire respecter les normes professionnelles tout en garantissant l’indépendance éditoriale, ont suscité une attention grandissante dans certains pays où le secteur des médias est en pleine croissance. Toutefois, en plus de la difficulté de créer et maintenir une indépendance durable, les associations de presse ont été confrontées aux défis de l’ère numérique tels que la modération des commentaires postés par les utilisateurs.
 
Dans le même temps, on observe des évolutions favorables à l’indépendance des journalistes s’agissant des décisions éditoriales. En Afrique, dans les États arabes et dans la région Asie-Pacifique, les journalistes signalent une forte hausse de leur autonomie journalistique. Ces changements ont également été favorables à des médias alternatifs et souvent influents, notamment numériques, ainsi qu’à des collaborations internationales dans le journalisme d’investigation. Avec la forte  croissance des informations en ligne, l’importance d’un journalisme indépendant est soulignée. La formation au journalisme, qui renforce les normes professionnelles d’indépendance dans les médias, a connu un fort accroissement de la disponibilité des ressources en ligne. Toutefois, le soutien des donateurs au ONG indépendantes qui s’occupent de développement des médias a connu des fluctuations, ce qui a gravement mis en péril la pérennité de ces organisations, en particulier dans certaines régions d’Afrique et d’Europe centrale et orientale. Ces organisations subissent également les effets des lois, de plus en plus nombreuses, qui restreignent les financements provenant de l’étranger. Face à l’impératif de plus en plus pressant de répondre aux contenus des réseaux sociaux incitant à la haine et la violence, les opérateurs d’Internet ont lancé des initiatives d’autorégulation afin de lutter contre les propos haineux, l’extrémisme violent, la misogynie, le racisme et les « fausses nouvelles ». Les outils incluent des campagnes d’initiation aux médias et à l’information ; des partenariats avec des organismes de recherche et de vérification des faits ; un soutien aux journalistes ; et le retrait des publicités aux sites qui produisent des contenus de ce type. Face à la propagation d’informations fabriquées ou falsifiées, beaucoup de médias d’information trouvent là l’occasion d’afficher leur valeur ajoutée en tant que sources fiables d’informations et de commentaires.